La vieille recette de Laurent Blanc

Posted on 8 septembre 2010

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C’était décidé: la France n’est plus une grande nation de football et elle doit s’y résoudre. Fini le beau jeu, oubliées les années fastes, on arrête de se la péter et on fait profil bas. Qui de mieux pour incarner cette rupture qu’un Laurent Blanc au summum de sa légitimité? Personne. Qui pour reprendre de volée ce même Laurent Blanc qui affiche sa soif …de ne pas perdre. Personne. Lolo avait en effet annoncé la couleur, une couleur bien sombre :  « muscler le jeu » (hein Robert?) pour ramener au moins un point de Bosnie. En d’autres termes, défendre bec et ongles un triste 0-0. En même temps, que feriez-vous d’autre après la fessée biélorusse assénée vendredi dernier ? Les courageux qui, par curiosité, ont osé zapper sur M6 à l’heure des compos ont dû sacrément avoir peur. Lolo disait vrai : trois milieux défensifs au « coeur du jeu » – de quoi faire passer Raymond pour un coach offensif – onze Bleus qui chantent la marseillaise à tue tête – comme si leur future sélection en dépendait – et un Thierry Roland aux platines, en plein débat sur la réforme des retraites, qui nous vante le talent des arbitres allemands, vous avouerez que cet avant match sentait l’embrouille.

T'as compris Yann? Les Bosniens, tu les sèches..

Et pourtant, c’est avec cette compo jacquetienne  que les Bleus se sont tranquillement baladés. Deux buts signés Benzema et Malouda. Une victoire sèche et porteuse d’espoirs. Comprenez, peu importe l’équipe que l’on couche sur la feuille, ce qui compte c’est l’animation. Et si le jeu de l’équipe de France est perfectible, il y a dans la prestation des Bleus des signes encourageants et des bases sur lesquels s’appuyer pour reconstruire.

Sarajevo, ville tranquille

Une mi-temps pour étouffer les créateurs adverses, une autre pour scorer et empocher les 3 points. Voilà grosso modo le scénario de la soirée. Les Français n’ont jamais vraiment eu peur, si ce n’est sur ce cafouillage dans leur surface de réparation, à la 64ème minute, la seule véritable incursion bosnienne en terrain ennemi. L’ombre d’un but de raccroc signé Dzeko a un temps plané sur les maillots tricolores mais sans réellement obscurcir la tignasse blonde d’un Mexès à l’aise dans ses Kopa. On prédisait aux Bleus un enfer, ils n’ont vu de furieux que quelques tacles rugueux du vieux Rahimic. Physiquement , les Mvila, Diarra et Diaby ont complètement étouffé les Pjanic et autres Misimovic. Mieux, récupérant le cuir très haut, ils ont joué vers l’avant, (pas forcément évident au coup d’envoi) et ont brillamment alimenté le trio offensif pendant que la  défense centrale donnait enfin quelques gages de sérénité.  Techniquement, l’impression générale est satisfaisante. A la demande du sélectionneur, les joueurs ont limité leur nombre de touches de balles et joué davantage en première intention, conférant au jeu une plus grande fluidité. En clair, la 1ère leçon de « philosophie de jeu » du Président a bien été apprise. Les Bleus se sont libérés de la pression qui les entourait et ont montré quelques beaux mouvements en phase offensive. Alors quoi ? La France est-elle redevenue une grande équipe ou a-t-elle simplement profité des faiblesses adverses ? Difficile de trancher mais on pencherait pour la deuxième solution. La Bosnie, 57ème nation au classement FIFA est à sa place. Ses quelques atouts offensifs ne compensent pas les lacunes de sa défense. Et aligner sur le pré un seul milieu récupérateur pour près de 5 joueurs à vocation offensive, alors que l’équipe de France avait bétonné son entre-jeu, relève clairement du péché d’orgueil.

Benzema l’obstiné et système D(iaby)

La France n’a pas eu à forcer son talent pour battre une décevante équipe de Bosnie. Elle s’est procurée un grand nombre d’occasions, dont quelques unes franches méritaient une meilleure appellation. Elle s’est rassurée et a su faire taire les critiques fondées qui s’abattaient sur elles. Laurent Blanc a trouvé une défense. Bons dans les duels, les quatre de derrière ont gagné en complémentarité. Mvila s’est de nouveau montré convaincant à la récup’, et plein d’à propos dans ses transmissions. L’Emir d’Arsenal, critiqué récemment pour son manque d’implication dans la construction s’est mué en véritable meneur de jeu. Celui qui a parfois joué ailier en Premier League a évolué un cran au-dessus de ses deux acolytes et a fait étalage de ses qualités. Facile dos au but, à l’aise pour conserver le ballon, capable de se retourner malgré le pressing adverse, Abou Diaby a impressionné et prouvé qu’il aspirait à jouer plus haut qu’un numéro 6 basique. Déjà indispensable dans le système Laurent Blanc, il ne devrait pas souffrir de sa polyvalence. Le poste de relayeur semble être taillé pour lui, a fortiori lorsque les vrais meneurs de jeu Gourcuff et Nasri revêtiront la tunique bleue. Enfin, Karim Benzema a réussi son retour en équipe de France. Oubliée son image de petit con, oubliés les gros seins de Zahia, Karim se savait attendu et Karim a marqué. Tout n’a pourtant pas été rose dans le match de l’ancien lyonnais. Multipliant les solutions pour ses partenaires, en appui ou dans la profondeur, le prodige s’est souvent empêtré dans les mauvais choix, cherchant le plus souvent l’exploit personnel quand la solution se voulait collective. Peu importe, Karim s‘est accroché, est apparu concerné et a fini par marquer pour s’imposer désormais comme l’avant-centre titulaire de l’équipe de France.

A gauche toute !

Si les satisfactions sont nombreuses, certains joueurs ne paraissent pas  incontournables à leur poste et le jeu de l’équipe de France est encore en chantier. Laurent Blanc ne pourra composer éternellement son équipe avec plus d’un milieu défensif -c ’est le football actuel qui veut ça – s’il souhaite que son équipe joue et ne se contente de contrer. Il devra par ailleurs équilibrer le jeu de son équipe. Celui-ci penche pour l’instant cruellement à gauche. Pourquoi? C’est de là que Benzema aime partir balle au pied. Valbuena n’est pas un vrai ailier et a tendance à repiquer dans l’axe. Sagna n’apporte rien offensivement quand Clichy aime à prendre son couloir. Par ailleurs, si sa technique et son mental peuvent se révéler précieux, la propension qu’a le Petit vélo à toucher plus de cinq fois le cuir avant de le rendre nuit au rendement de l’équipe et à la fluidité du jeu. A sa décharge, Sagna ne lui offre aucune proposition, tout juste parvient-il à cadrer ses quelques centres…

Malgré ces déceptions, le Président dispose désormais de certitudes. Et personne avant le match ne l’aurait prédit. Surtout, voir un Benzema tout sourire être félicité abondamment par ses partenaires, c’est peut-être rien, mais c’est surement là que se situait l’essentiel. Les Bleus se sont battus, ont « mouillé » le maillot, et affiché une belle cohésion. Si elle n’est pas (encore) redevenue une grande équipe , l’équipe de France est , le temps d’un match, redevenue une vraie équipe, notre équipe. Il était temps.

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Posted in: Equipe de France