Des pépètes mais pas de pépites

Posted on 26 septembre 2010

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Au royaume des pétrodollars et du transfert facile, Cheik Mansour, le richissime propriétaire de Manchester City, est en passe de détrôner son homologue de Chelsea, l’oligarque russe Roman Abramovic. Dans le choc qui opposait hier les deux clubs, des Citizens toujours brouillons ont dominé un Chelsea diminué. La recette de Mancini ? Une défense impériale, un milieu conquérant, et une frappe croisée plutôt classe d’un Tevez esseulé  (Compris la Dèche ?). Pour le spectacle, on repassera. Un match fermé, peu d’occaz, tout juste quelques promesses. Certes, outre-Manche, les transversales arrivent dans les pieds et les contrôles poitrines sont réussis (dédicace Arles Avignon). Mais pour quelques centaines de millions d’euros de plus, on attendait mieux.

Des millions, ça, il y en avait sur la pelouse du City of Manchester Stadium. Les sommes investies par Abramovitch depuis 2003 et par le milliardaire émirati sont si colossales qu’elles en frisent le ridicule. Par décence, nous ne les citerons pas. Bornons nous à remarquer qu’au petit jeu du mec qui  a dépensé le plus d’oseille cet été, c’est le ruskov qui baisse les yeux. Pour autant, claquer des doll’s à tire-larigot ne suffit pas. Même pour les signataires des chèques. L’idée étant de construire une équipe de football avec et de tout rafler. Là encore, les objectifs ne sont pas tout à fait remplis, surtout côté mancunien. Vitrine dorée de la Premier League, le choc de samedi – entre le champion  sortant et l’outsider en chef du championnat – a déçu. Des excuses ? Il y en a dans les deux camps. A Chelsea, quelques joueurs, et non des moindres, manquaient à l’appel : Lampard, Benayoun, Kalou et Kakuta sont indisponibles. Pour ce qui est du club historique de Manchester, pas de blessés mais un jeu encore (et toujours) en chantier. Forcément, dans ces conditions et à ce moment de la saison, personne ne s’attendait à un défilé glorieux de buts somptueux. Mais si déception il y a, point d’ennui à recenser. Entrés sur le pré à l’heure de la sieste (13h45) les 22 acteurs ont eu le mérite de nous tenir éveillés. Et puis en Angleterre, même quand ça ne joue pas vraiment, c’est quand même joli à voir…

Après un début de match légèrement à l’avantage de City, le rapport de force s’équilibre durant la première mi-temps. La fluidité est londonienne tandis que l’envie est dans les pieds des locaux. Les Mancuniens, disposés en un 4-5-1 compact, sont bien en place et réduisent les espaces à merveille. En revanche, le trio offensif Milner-Silva-Tevez peine à s’approcher de la surface adverse. 20ème minute, le jeu s’accélère, le ton monte, les tacles fusent. Les Blues se montrent plus tranchants. Le ballon circule bien. Malouda est en jambes, disponible et incisif. Anelka respecte … les consignes. Le sale gosse du foot français décroche et dézone sur tout le front de l’attaque, laissant la primeur de l’axe à Didier Drogba, dans ce qui ressemble à une habile et ordonnée répartition des rôles. 27ème minute. Corner pour Chelsea tiré façon Reims des 50’s. Malouda feinte la remise puis centre au second poteau. Alex remise de la tête dans l’axe. Ivanovic pose son front sur la balle. Un frisson parcourt le stade. Barre transversale. Simple comme Chelsea ? En quelques minutes, les Blues ont donné l’impression qu’ils entraient réellement dans la partie sans pour autant accélérer. Une sorte de force tranquille. Appelez ça la justesse technique. Le jeu s’emballe puis se durcit. Mi-temps.

Man City va craker ?

Paul Le Guen, qui commente le match, juge opportun de s’essayer à un pronostic. « Chelsea devrait prendre le dessus à l’heure de jeu. » La partie reprend, sur des bases tranquilles. Les Citizens refusant de se livrer, Chelsea prend confiance et appuie ses offensives. 59ème minute, alors que la fatidique heure de jeu se profile, suite à un corner tiré nonchalamment par Drogba, Yaya Touré récupère le cuir dans les pieds du frêle brésilien Ramires. L’Ivoirien transmet à Tevez dans le rond central. 3 contre 3. L’Argentin s’avance, utilise les fausses pistes de Silva, puis décoche une frappe croisée aux 20 mètres. Un frémissement saisit les gradins. Poteau rentrant. 1-0. Dommage Polo. La dernière demi-heure ne sera qu’anecdotique, la défense des locaux s’employant de fort belle manière à déconstruire un jeu adverse en déliquescence. Roberto Mancini eut même la sagesse d’offrir au héros Carlos Tevez sa standing ovation et de faire gambader un Adebayor un tantinet frondeur dans la semaine précédant le match. A noter : l’entrée en jeu pour Chelsea du jeune McEachran, né en 1993, qui renvoie David Ginola à ses shampoings et le match moyen du fantôme de Drogba.

Mancini doit oser

Alors ce match ? Victoire de City ou défaite de Chelsea ? Les deux assurément. L’équipe d’Ancelotti était bien trop diminuée pour espérer ramener quelque chose de ce déplacement. Elle a manqué d’envie et trop de Blues ont raté leur match : Drogba, Anelka et Ramires en tête. Les Citizens ont quant à eux fait le boulot, s’appuyant sur un bloc solide et compact. La défense a assuré et la paire Barry-De Jong a étouffé le losange adverse. L’attaque, résumée en la personne de Tevez, a concrétisé sa seule véritable opportunité. C’est déjà ça, mais personne ne s’en contentera. Avec un effectif aussi pléthorique, Mancini a le devoir de proposer un jeu léché et fluide. Or, on constate que sa composition d’équipe n’est pas taillée pour un football offensif, sinon total. Admettons qu’il maintienne l’excellent Barry et le bulldog De Jong en milieux défensifs, placer le grand Yaya Touré en soutien de la pointe argentine relève du parfait mystère. Le transfuge du Barça – où il jouait devant la défense – n’a ni la vitesse, ni la vista et encore moins la lecture du jeu propre à tout numéro 10. Il mériterait d’être titulaire, mais dans une position plus reculée. Autre bizarrerie, le polyvalent James Milner en position d’ailier gauche. L’ancien joueur d’Aston Villa n’a clairement pas les jambes pour mordre la ligne et déborder son vis-à-vis. En attendant le beau jeu et que chacun trouve son poste, cette configuration répond aux attentes de l’heure. Mais si la victoire donne pour l’instant raison au chef d’orchestre italien, à long terme, celui-ci devra repenser l’animation offensive de sa formation s’il aspire véritablement à se parer des lauriers du champion. En effet, la bataille des millions déjà pliée, une simple victoire lors du match aller face à Chelsea ne devrait pas étancher la soif de succès du Cheikh Mansour. Surtout si ce dernier ambitionne de monter sur le trône de la Premier League. Un trône occupé à l’heure actuelle par un certain Roman. Le trône d’un royaume où les pétrodollars ne suffisent pas pour être roi.

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Posted in: Premier League