Arsenal perd le Nord

Posted on 21 novembre 2010

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Il aura donc fallu attendre 17 ans pour que Tottenham s’en aille vaincre Arsenal chez lui. 17 ans que les supporters des Spurs s’en revenaient brinquebalants du court déplacement chez l’ennemi juré. 17 ans, une éternité en somme, à baisser les yeux, à subir les moqueries, à admettre  la supériorité des Gunners dans leurs antres successives. Ce temps est désormais révolu ! Ce samedi 20 novembre, à l’heure du déjeuner, les Lillywhites version Harry Redknapp se sont adjugés le 165e north derby london. Et avec classe. Victorieux 3-2 de Gunners engoncés dans leur sempiternelle crise d’ado, les Spurs ont peut-être signé le déclic qui les mènera dans la lumière. Retour sur le derby le plus passionnant du Royaume Uni. Un vrai derby, renversant et débridé.
2-0 à la mi-temps, 2-3 à la fin. Forcément, tout le monde se pince. Et ouais. Arsenal a pourtant dominé son adversaire durant la quasi intégralité de la partie. Outrageusement en première mi-temps, un peu moins dans le 2ème acte. C’était attendu. Les Gunners, réputés pour posséder l’un des jeux les plus fluides du monde, ont étouffé les Spurs, dans la possession, dans le jeu…mais aussi au nombre des occasions manquées. Au buffet des offrandes, Gareth Bale et ses petits copains n’ont pas joué les pingres. Largués à la pause, ces derniers ont exploité les failles adverses.  Trois cadeaux, trois buts,  et les voilà replacés dans la course au titre.

Chose promise, chose due. William Gallas – l’ex-Gunner passé à l’ennemi cet été – a reçu l’accueil qu’il méritait.  Conspué tout le long du match par l’Emirates, le stoppeur s’est même fait toisé par Samir Nasri au moment du serrage de mains. Cause de l’embrouille : une vieille histoire de place dans le bus. De quoi rajouter une énième rivalité à un derby qui en déborde ? Sûr. Premier duel, premier coup de coude. Gallas 1 – Nasri 0. 9e minute, Fabregas, étrangement positionné dans le rond central, balance une longue transversale dans le dos de la charnière Gallas-Kaboul. A la réception ? Nasri , déboulé de son aile droite. Le meneur français élimine le portier adverse et marque dans un angle impossible. Arsenal 1 -Tottenham 0. Equilibrés jusque-là, les débats virent à l’avantage des locaux. Le milieu des Spurs, peut-être un peu léger défensivement, est complètement surpassé par la vista de Fabregas et Nasri. Les deux créateurs marchent sur l’eau et déroulent ce jeu léché dont tout l’Emirates raffole. 27e, Cesc orchestre le contre, décale Arshavine sur la gauche. Le Rushkov centre fort sur Marouane dont le mollet, ou quelque chose situé entre son pied et sa cuisse, dévie le jouet au fond des filets. Arsenal 2 – Tottenham 0. Gallas peut en laisser tomber ses bras, les Gunners sont au-dessus. Et la douce impression d’une avalanche de buts à venir de parcourir les gradins. C’est en effet ce à quoi tout le monde pense, tant la prestation des Spurs est à l’exact opposée de celle fournie par des Gunners intouchables. Pavlyuchenko se demande ce qu’il fait là. Van der Vaart pète un plomb de ne toucher le ballon, et Modric, meneur de jeu calé en milieu def depuis l’émergence du virtuose hollandais, ne voit pas le jour. Seule la défense, pourtant coupable sur les deux buts, tient à peu près la route. Signe, s’il en faut, du contrôle total des troupes d’Arsène Wenger sur le match.

Ombre et lumière

Mi-temps. Jermain Defoe, de retour de blessure, remplace le transparant Lennon. Harry Redknapp bouleverse son schéma – d’un 4-2-3-1, les Spurs passent en 4-4-2, avec Van der Vaart et Bale en milieux excentrés – et le visage de son équipe. A peine le temps de finir son citron, Assou-Ekotto balance un long ballon à destination de Defoe qui dévie de la tronche pour l’artiste hollandais. L’ex-Madrilène temporise, file le cuir à Gareth Bale, complètement zappé par la défense française d’Arsenal, qui mystifie Fabianski d’un extérieur du gauche en finesse. On joue alors la 50e et l’on se réjouit d’assister à un derby enfin disputé. Modric et Jennas sont à l’heure dans les duels et VdV prend peu à peu le jeu à son compte. Et pourtant, les Spurs passent le plus clair de leur temps dans leur camp. Mais leurs contres se veulent plus tranchants. 66e, Modric file entre les lignes, crochète Denilson et obtient un bon coup franc. Van der Vaart le frappe et Arsenal dérape. Fabregas a la mauvaise idée de lever son bras pour empêcher la balle de lober le mur. L’arbitre, situé à seulement  trois mètres du mur, a vu clair, lui. Penalty. Van derVaart. Contre-pied. But !

Kaboul coup de boule

S’ensuit alors une demi-heure affolante. Les Gunners se ruent à l’attaque mais l’arrière garde ennemie résiste. La frappe « à la Henry » de Fabregas est magistralement détournée par Gomes et la tête de Koscielny, quasiment à bout portant, n’accroche pas le cadre. Les minutes passent, l’inquiétude monte. Il faut un vainqueur à ce derby. Le milieu néerlandais n’en pense pas moins. 86e, alors qu’une méchante odeur de chaos se répand ça et là, ce dernier se charge d’un coup franc excentré et dépose le cuir sur la ganache de Kaboul. Arsenal 2 – Tottenham 3. Tanks for the show..

Des coups, des tacles, des buts et un scénario hitchkokien. Que demander de plus ? Ce derby ne fut pas un récital en matière de beau jeu. Les buts sont là pour en témoigner – deux ont été marqués sur coup de pieds arrêtés, deux autres font suite à de longues transversales balancées de l’arrière. Et alors ? Au diable le beau jeu ! Les deux équipes se sont livrés, sans trop calculer.  Et à ce jeu là, les Gunners se sont fait piner. Quand à 2-0, beaucoup fermeraient boutique, eux ont préféré envoyer la sauce. Cette tactique aurait dû s’avérer payante, suffisait juste de la mettre au fond. L’équipe d’Arsène Wenger est jeune, c’est là son éternel défaut.

Chamakh gamberge

Alors que leur début de saison semblait augurer d’une prise de conscience, d’une maturation, les voilà qu’ils déchantent et retombent dans leur travers. Chamakh a affiché ses limites balle au pied. L’ex-Bordelais a progressé dans ses appels, mais ne parvient jamais à dribbler le dernier défenseur et à se mettre en position de frappe. C’est con pour un attaquant. A sa décharge, Younès Kaboul n’est pas le stoppeur le moins doué d’Outre-Manche, loin de là. Au milieu, rien ne cloche, excepté cette main inexplicable de Cesc Fabregas dans sa surface. Song ratisse, Archavine déborde et Nasri s’amuse. Si ce secteur du jeu est clairement le point fort de l’équipe, sa défense en est assurément le point faible. Les quatre de derrière sont plus ou moins impliqués sur deux des trois buts adverses. Naïfs sur le premier – éblouis par la classe de Van der Vaart – et absents au marquage sur le dernier. Wenger doit sûrement ruminer la blessure de Vermaelen, et regretter d’avoir laisser filer…Gallas chez le rival historique.

Le néo-Spur et ses sbires n’en demandaient pas tant. Dans l’absolu, ils n’ont eu qu’un seul mérite : celui d’être resté dans le match. La charnière 100% French n’y est pas étrangère. William Gallas a réalisé un match plein et confirmé son retour en forme. Félicité par chaque coéquipier, le « traître » n’en a pas rajouté à la fin du match et n’a même rien laissé paraître pour mieux jubiler intérieurement. C’est ce qu’on appelle la douce revanche d’un banni. Pour le reste, force est de constater qu’Arsenal a donné le bâton pour se faire battre. Encore fallait-il s’emparer du bâton et exploiter les brèches. Pour ça, Harry Redknapp possède dans son effectif des joueurs de grande classe. Modric, reculé pour l’intérêt général, a empoisonné le milieu adverse de ses crochets, Bale a fait joujou avec Bacary et VdV, à l’origine des trois buts, a presque gagné le match à lui tout seul. Après avoir mis fin à 17 ans sans victoires chez l’éternel rival, la bande à Gallas est peut-être en passe de dépoussiérer l’armoire à trophées du club et de briser une série noire autrement plus longue. Le dernier sacre de Tottenham en Premier League remonte à 1961.  Alors quoi ? 2011 ? Année des Spurs ? « Why not ? » a répondu Harry Redknapp. Nous, on acquiesce !


Le résumé complet

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Posted in: Premier League