Alain Traoré ou l’oeuvre du Malin

Posted on 21 août 2011

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Classic shit répète t-on dans les chaudes travées de  Chaban. Alors qu’il croyait enfin tenir sa victoire rédemptrice, le Bordeaux de Gillot n’a rien trouvé de mieux à faire que de concéder le  partage des points avec  de biens modestes Auxerrois (1-1).  Avec à peine deux points empochés en trois matchs, les Girondins ont clairement foiré leur début de saison. Si les promesses entrevues lors des deux premières sorties ont largement été confirmé contre l’AJA, laissant croire que « quelque chose a survécu » du glorieux passé récent des Marines, elles demeurent plombées par l’absence cruelle de réalisme et celle qui en découle d’un « grantatakan ». A l’instar de M6 et son avarice, les Bordelais avancent à pas comptés. Et c’est déjà le ventre mou qui leur tend les bras…

Anthony Modeste, déçu

Il est un signe qui ne trompe pas pour jauger la qualité de l’adversaire du soir. Mathieu Chalmé a attendu la 64e avant de concéder sa première faute grossière les deux pieds décolés. Ce qui, vous en conviendrez, en dit long sur les velléités auxerroises. D’une passivité affolante à ce niveau, les Icaunais se sont comportés en véritable victime expiatoire. Permettant aux locaux de dérouler leur jeu et de faire preuve d’une réelle maturité. Ce qui inspira au coach bordelais le constat que son équipe est sur ce plan en avance. N’empêche, bien que repliée sur sa cage durant l’essentiel de la partie, la bande à Fournier a réussi à planter sur sa seule occaz. Un luxe que les Girondins leurs envient.


Yoann Gouffran, heureux

NMB dribbleur

Tout avait pourtant bien commencé pour ces derniers. Dès la 2e, le missile de Modeste dévié sur la barre par Sorin rassurait sur l’état d’esprit de l’ex-Aiglon. L’on soupçonne même ses dents de racler la pelouse, à force d’entendre quolibets et moqueries associées à son nom. René Lobello décroche même des sourires en donnant  du  « c’est bon ça Mathieu (Chalmé) ! « . Les deux attaquants ont la bougeotte et font valoir une précision technique intéressante. 16e, suite à une erreur de relance, Modeste s’engouffre sur la gauche, centre à ras de terre dans les pieds de Gouffran, lequel temporise, se tourne et décale Plasil accouru sur la droite. La frappe est déviée mais l’action propre sur elle. Seul les centraux Ciani et Sané filent quelques frissons. Au milieu, les rares fois où ils disposent du cuir, les Auxerrois ont toute latitude pour alerter Ben Sahar en profondeur. Conséquence : l’axe Ciani-Sané mise tout sur sa vitesse et sa science du placement pour endiguer les offensives adverses. Inquiétant, forcément. Mais les deux costauds tiennent pour l’instant le coup. Et Bordeaux ne perd ni le cuir ni le Nord (patience). La recrue Nicolas Maurice-Belay se met même en évidence.  Servi aux 20 mètres dans l’axe, le pote du coach ridiculise Ndinga d’un gauche-droite ronaldhinesque. Mais le gars à qui il file le cuir voit sa frappe contrée. Le danger vient essentiellement de la gauche, et Trémoulinas monte et rentre tellement dans l’axe que ses passes surprennent son monde. C’est d’ailleurs de là que vient le salut. Ndinga, dont on ne sait s’il a pris froid ou s’il se rêve secrètement à Gerland, commet le tort de lâcher Plasil. Lancé par  la Tresh le blondinet centre pour Gouffran, qui reprend du tibia et fait trembler les filets. Justice est faite, comme dirait l’autre. Et l’on se met à rêver d’un Gouffran titulaire, d’un Gouffran buteur, d’ un Gouffran tueur, qui justifierait son transfert, et à qui l’on confierait un autre rôle que celui ingrat, du petit cousin, placardé milieu droit, et que l’on rit de voir courir comme un dératé. Le rêve, permis, sera vite brisé.

Auxerre les miches

Tandis que Bordeaux respire et déroule un jeu à 2-3 touches de balle agréable à mater, Auxerre flippe et se replie davantage dans son camp. Une seule équipe n’est présente et Lolo Fournier, le nouveau coach de l’AJA, murmure des petits mots doux à ses protégés…Le stade, lui, se délecte et observe la tunique marine sous un angle nouveau : celui d’une équipe reine chez elle qui maîtrise son sujet. Trémoulinas, surnommé « le Paki » par le non-regretté Diawara, appuie  ses montées rageuses et claque des centres tendus en veux-tu en voilà. Nguemo ratisse l’entre jeu jusqu’à plus soif, rappelant la dégaine d’un certain Makelele. Et Plasil, à grand coup d’ailes de pigeons aériennes, donne  du style à la domination de son équipe. Mi-temps, chacun est content. Même le buteur joue les prudents au micro de circonstance.

Alain Traoré, diabolique

C’est évidemment à ce moment-là que le match bascule, dans les esprits, puis au score. Signe avant coureur du renversement à venir : dans le long couloir qui sépare vestiaires et pelouse, et où les caméras s’incrustent, un visage détone au milieu des sourires girondins et des mines renfrognées auxerroises. C’est celui d’Alain Traoré. Le jeune buteur palabre avec Grichting. A observer le Suisse, remplaçant pour l’occasion, le dialogue vire au monologue. Le jeune Burkinabé s’énerve, grands gestes à l’appui. L’on comprendra plus tard son maléfique dessein : le bougre ne planifiait rien d’autre que l’égalisation. Le match reprend piano. Et les marines continuent d’afficher leur trompeuse maîtrise. Modeste, peu avare en efforts, est prêt à tout pour scorer, et envoie à la manière du grand Ibra sa jambe à une hauteur improbable. Le ballon franchit la ligne, mais sa jambe se paie le poteau. Prêt à tout donc. Reste que le placement n’est pas sa qualité première. Et avant son geste quasi suicidaire, l’attaquant aurait dû apercevoir le drapeau levé signifiant sa position illicite. Gouffran, lui, retrouve très vite l’ombre, averti piteusement pour une simulation grossière. Le stade ronronne et attend les contres. Mais ils ne viendront pas.

Traoré surgit

Et alors que les Gigis géraient tranquillement leur avance, à la 66e (ça ne s’invente pas) le Malin surgit. Alain Traoré s’engouffre dans la surface, ballade Nguemo et Ciani, et décoche une puissante frappe du droit sous la barre de Carasso. Classe, de la part d’un satané gaucher suivi il y a quatre ans par les Red Devils. Un sentiment de déjà vu envahit le stade surchauffé. Assommés et entamés physiquement, les Marines repartent à l’attaque, en vain. L’adversaire,  autrement plus coriace et ragaillardi conserve le point du nul. 76e, une tête de Ciani, l’éternel fautif, détournée à bout portant par le goal entretient un temps l’espoir. Mais les entrées conjuguées de FBK, Diabaté et Saivet abaissent le niveau technique de l’équipe. Les grands déboulés voués à l’échec du premier, les fautes à répétition du second ou les centres en direction des boulevards du dernier cité en  étant les preuves les plus solides.

Comme l’a souligné Francis Gillot au sortir du match, sur la manière, la prestation girondine recèle des éléments encourageants. Malgré la faiblesse adverse, le jeu déployé par ses hommes est parfois franchement emballant. Et une conduite de balle aussi assurée et fine que celle de NMB n’avait pas été aperçue en Gironde depuis belle lurette. Pourtant, les discours plus ou moins lénifiants de l’entraîneur et de Carasso, relatifs à la poisse qui leur collerait aux basques, continuent de sonner creux. Et ne changent strictement rien au fait que certains joueurs font toujours étalage de leurs limites. Modeste ne renonce jamais, c’est vrai, mais pourquoi persiste-t-il à attendre les centres caché derrière le défenseur ? (Lilian si tu nous lis..) A l’évidence, et les soupirs synchronisés de Triaud et Tavernost entraperçus à l’écran ne peuvent signifier le contraire, il manque à cette équipe un attaquant de qualité. Mais il lui manque peut-être aussi un latéral droit, ainsi qu’un libero de talent aux adducteurs solides. Du moins si elle aspire à se hisser dans le top 5 de la Ligue 1.

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Posted in: Ligue 1